Le Campus Éphémère dans Télématin sur France 2

Un bateau de réfugiés vient de s’échouer sur cette plage du Sénégal. Il faut leur porter secours d’urgence. C’est le scénario catastrophe de l’exercice du jour pour ces futurs travailleurs humanitaires. Comment ça se passe ici ? Ce camp de fortune est installé, sous l’œil de Catherine Venturelli, la formatrice de l’ONG Bioforce :
« – On met tous les apprenants dans cette simulation pour qu’ils saisissent vraiment ce qui se passe au plus proche de la réalité. De voir les personnes qui hurlent, qui pleurent. Déjà, on voit que ça les marque et qu’ils changent de façon de raisonner par rapport à la situation« . C’est la première fois que Sadio Keita est confronté à un tel exercice. En reconversion, cette Malienne de 32 ans a décidé de changer de vie pour aider son pays.
« – Chez moi au Mali, je pense que c’est suite à ces derniers temps, des crises, des tensions qui m’ont vraiment motivée de me lancer pour me reconvertir. Je suis logisticien de formation, mais de me dire, si je me spécialise en humanitaire, je peux être un appui aussi dans mon pays ». En plus des exercices catastrophes, les élèves suivent des formations théoriques pour apprendre à lever des fonds ou à diriger une équipe. Des connaissances indispensables. En revanche, ce qu’ils ont déjà, c’est la connaissance du terrain.
« – Si je prends par exemple le cas des zones où il y a la guerre, aujourd’hui, sans quelqu’un qui parle le dialecte et qui maîtrise la politique, c’est difficile que tu arrives, tu ne parles pas le bambara, tu ne parles pas le wolof ».
Sadio Keita et tous ces autres travailleurs humanitaires en formation sont originaires d’une dizaine de pays d’Afrique de l’Ouest. Dans très peu de temps, ils seront prêts à être envoyés en mission et venir en aide aux 7 millions de déplacés du Sahel.

« – Nicolas, avec ce genre de formation, est ce qu’il faut s’attendre à un inversement de la tendance dans les prochaines années, c’est à dire plus de travailleurs humanitaires africains ?

Ah oui, absolument. C’est déjà le cas. C’est très clair, c’est très visible : fini en quelque sorte, vous savez, la caricature de l’humanitaire blanc qui se balade avec son sac de riz sur l’épaule pour sauver le monde. Il y a bien sûr des humanitaires européens et américains qui font du très bon travail. Mais ici, on voit de plus en plus de médecins, logisticiens, infirmiers africains qui sont déployés sur tout le continent, là où ils peuvent aider. Il faut dire que c’est aussi une exigence des bailleurs de fonds, comme l’ONU par exemple, qui veulent en priorité des équipes locales afin d’être plus efficaces. Cela coûte aussi moins cher, ce qui veut dire qu’il y a plus d’argent qui arrive directement à ceux qui en ont le plus besoin. »

 

Reportage de Margaux Baltus et Valentin Buhler pour Télématin. Crédit : francetélévisions

Le Campus Éphémère dans RFI Soir sur RFI

 

À l’heure où le contexte sécuritaire au Sahel est très tendu et où les débats sur une réelle décolonisation du continent fleurissent. L’organisme de formation aux métiers de l’humanitaire Bioforce, qui fête cette année ses 40 ans, a récemment organisé un campus éphémère d’une semaine dans la capitale sénégalaise. Objectif offrir de nouvelles compétences à des acteurs humanitaires, notamment des ONG locales du continent, et leur permettre d’échanger. Le reportage est signé Léa-Lisa Westerhoff.

Ce jour là, ils sont une quinzaine, installés à leurs bureau. Parmi les apprenants, sept humanitaires maliens qui travaillent dans la région de Gao, en quête d’outils pour mieux gérer le stress et les difficultés de son équipe face au risque sécuritaire.

« Quand la situation sécuritaire se dégrade, les staffs sont touchés eux-mêmes et sont impliqué, victimes de façon directe ou indirecte, mais aussi par rapport aux bénéficiaires. Quand on intervient dans une zone d’intervention et que les bénéficiaires sont touchés par une situation d’insécurité, ça joue sur les staffs« .

Dans un contexte volatil où les ONG françaises ont été expulsées, pour cet assistant en ressources humaines malien qui travaille pour une organisation allemande, il est d’autant plus important de continuer à se former.

« Se former c’est avoir de nouvelles compétences qui correspondent à d’autres organisations. Au cas où l’organisation va partir : j’ai acquis expérience, je vais travailler avec d’autres structures. Et ainsi de suite« .

Comment mieux communiquer ? Comment diriger une équipe en laissant de la place à l’initiative ou encore piloter la gestion financière d’un projet humanitaire. L’organisme de formation humanitaire veut renouveler ce type de sessions courtes et délocalisées. La prochaine à Abidjan en 2024.

Et une question s’est posée lors de ce campus : « Doit-on urgemment localiser l’aide humanitaire ? », c’est à dire renforcer les capacités de ces ONG locales alors qu’il est de plus en plus compliqué pour les Occidentaux, notamment, d’accéder à certaines zones en Afrique. Léa-Lisa Westerhoff interroge Yann Dutertre sur le sujet : il est directeur de l’organisme de formation humanitaire Bioforce à Dakar.

« En termes d’accès humanitaire, aujourd’hui, on fait face à des problématiques importantes. Les grosses ONG ont de plus en plus de mal à se déployer sur le terrain pour accéder aux bénéficiaires et pour pouvoir apporter une réponse par rapport aux besoins, en particulier des populations déplacées internes que l’on peut trouver au Burkina, au Mali, au Niger. Une des solutions, c’est de passer par les ONG nationales qui ont, elles, la possibilité d’avoir accès à des zones où les ONG internationales n’ont plus accès« .

On assiste à une dégradation de la situation sécuritaire dans la région du Sahel, ces derniers mois/années. Quelles sont les difficultés principalement que rencontrent les acteurs humanitaires ?

« On prend un pays comme le Burkina aujourd’hui et à peu près 170 communes qui ne sont plus accessibles du tout, du fait que certaines sont sous blocus lié aux groupes armés non gouvernementaux. Ensuite, il y a aussi les occupations militaires nationales, de défense nationale qui qui font que l’accès n’est pas possible, lié à des zones de conflit, sur place. Le personnel se retrouve de plus en plus exposé justement potentiellement aux enlèvements, peut être cible d’attaques. Donc c’est vraiment l’accès qui est bloqué aujourd’hui, lié à l’insécurité dans la région« .

Comment mieux outiller les humanitaires face à cette nouvelle donne ?

« Une solution, c’est vraiment de travailler sur la négociation, la négociation humanitaire qui permet justement de discuter avec l’ensemble des parties dans le cadre d’une situation conflictuelle pour faire comprendre aussi quels sont les principes humanitaires. C’est l’impartialité, la neutralité et l’assistance aux personnes en danger. Pour les humanitaires internationaux, c’est de travailler de plus en plus main dans la main avec les partenaires nationaux, que ce soit les ONG nationales, mais potentiellement aussi les services techniques décentralisés des États, puisqu’il y a quand même une organisation qui se met en place : au Niger, on l’a vu, au Burkina aussi. Aujourd’hui, c’est vraiment plus le partenariat : s’appuyer sur les ressources nationales pour pouvoir les accompagner dans la réponse et non pas déployer directement les réponses. »

Dossier de Léa-Lisa Westerhoff à Dakar, RFI. Crédit : RFI

 

Crédit photo article : Sylvain Cherkaoui pour Bioforce


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