« J’ai voulu raconter l’histoire d’handicapés qui gravissent des montagnes, au sens propre comme au figuré »

– Comment s’est monté le projet de partir au Népal pour ce carnet de voyage ?

Je suis partie avec l’association « Le chemin des yacks » il y a deux ans. Je suis partie par opportunité : mon oncle fait partie de l’association et j’adore l’alpinisme et la montagne. Je veux faire de l’humanitaire, il le savait : l’occasion ne pouvait pas se rater. L’idée, c’était de faire venir quatre handicapés moteur au Népal, tous âgés de 19 ans comme moi à l’époque, pour faire un trek. Nous sommes arrivés à Katmandou en avril 2011. Je n’avais aucune expérience du handicap ni des handicapés. J’étais bouleversée au début : je ne savais plus vraiment ce que je faisais là, avec eux. Ça passe par des émotions violentes : le rejet puis la compassion et même la culpabilité d’être une personne valide. Au final tous ces jugements sont balayés, nous étions cinq amis, tous égaux. J’avais pour tâche de veiller sur l’un d’entre eux. S’occuper d’un handicapé n’est pas anodin : il faut le laver, le changer etc. Le rapport à la nudité d’une personne qui m’est tout à fait étrangère m’a gêné au début, c’était complètement inédit pour moi ; mais ce n’était pas un rapport de valide à infirme, encore moins de mère à enfant : je m’occupais d’un ami.

Le voyage a duré un mois pour un trek à 3500m dans la Vallée du Langtang au Népal. C’est un endroit incroyable, tant du point de vue des paysages que du point de vue humain. Nous avons dû beaucoup expliquer notre projet : la confrontation des cultures, l’échange : c’était passionnant. Il faut savoir qu’au Népal, le handicap est mal perçu : c’est le signe d’une mauvaise réincarnation et les handicapés sont cachés ou envoyés dans des centres. Les sherpas eux même avaient beaucoup de difficultés dans la perception de notre projet au début. Mais le regard de chacun a évolué au cours du voyage : nous avons même organisé des courses entre valides et handicapés en chaise roulante. Ma perception du handicap a finalement évolué en même temps que celle des sherpas, il a fallu que je traverse le monde pour m’en rendre compte.

– Le livre est réalisé (écrit, dessiné et peint) à quatre mains avec ton père alors qu’il ne faisait pas partie de ton voyage. Comment a-t-il contribué au livre ?

Au cours du voyage, j’ai alimenté un carnet où je dessinais, j’écrivais des textes en rapport avec ce que je vivais. Mon père, artiste-peintre, très casanier, en voyant le résultat de ce travail a immédiatement eu pour projet de partir à Katmandou lui aussi. A son retour nous avons envisagé la réalisation d’un livre (il a réalisé la première partie, moi la deuxième) qui retracerait nos deux voyages. Son éditeur était intéressé mais la forme du livre, la maquette, ne lui convenait pas. De notre côté nous n’étions pas emballés à l’idée d’être dépossédés de notre travail, de le voir changé avant d’être imprimé en Chine pour des histoires de coût. Nous avons décidé de le publier à compte d’auteur, en s’occupant de tout, maquette, logistique, distribution. Le livre est imprimé localement. Nous l’avons diffusé dans des salons du livre, notamment au Salon du Carnet de Voyage de Clermont-Ferrand « Il faut aller voir ». Nous avons d’abord été sélectionnés dans la catégorie Grand Prix, puis disqualifiés car notre livre était publié à compte d’auteur. Nous avons alors remporté le prix Médecins Sans Frontières. Cette catégorie récompense le meilleur carnet de voyage reportage mettant en relief les conditions de vie d’une population. C’est une catégorie qui a une certaine valeur à mes yeux, c’est une récompense qui fait vraiment plaisir. Ce livre, c’est l’histoire de quatre handicapés qui ont su gravir des montagnes, au sens propre comme au figuré.

– Tu pensais déjà faire de l’humanitaire avant ce voyage. Quelle était la place de l’Institut Bioforce dans ta réflexion ?

L’humanitaire m’attire depuis que j’ai dix ans, ça résonne en moi depuis longtemps, et faire Bioforce m’a toujours paru une évidence. Mais en nourrissant la réflexion j’ai eu des doutes sur l’idée de professionnalisation : « Est-ce qu’on peut vraiment faire une carrière dans l’humanitaire ? Est-ce que c’est simplement souhaitable ? ». Je me suis lancée dans une licence d’économie, peuplée de gens dont le désir de carrière tendait plutôt vers trader. Mon voyage au Népal m’a remis sur les bons rails, il a confirmé mon désir et dissipé mes doutes : être utile, dans un rapport sain de réciprocité. Ces gens m’ont apporté autant que tout ce que je pouvais leur apporter. J’ai ressenti un bonheur immense qui n’a fait que confirmer la volonté que j’ai depuis l’enfance de travailler dans le secteur. Je me suis inscrite à l’Institut Bioforce, à la formation Chargé des Services Généraux et Logistique Humanitaire, et après deux jours de formation je me suis rendue compte que je n’avais aucune idée de ce que sont les métiers de l’environnement de travail ni de la logistique humanitaire, que des passerelles existent bien entre ces deux mondes et que c’est important d’être formé à un deuxième métier. Je ne serai pas la même personne dans dix ou quinze ans, je ne sais pas où j’en serai mais je sais que j’ai une formation qui me permet d’être flexible, à la fois sur le terrain en mission et en entreprise. L’Institut Bioforce c’est une pédagogie exceptionnelle, peut-être la seule école privée en France où on nous apprend perpétuellement à remettre en question l’enseignement, à se faire sa propre idée, à croiser les sources et confronter les opinions. Je débute tout juste mais j’en viens même à me dire, alors que j’entrais en formation uniquement pour le côté humanitaire, qu’après la formation je vais acquérir de l’expérience quelques temps en entreprise avant de pouvoir faire mes preuves sur le terrain.


SUR LA ROUTE DES YAKS

Pour en savoir plus :
SUR LA ROUTE DES YAKS
Textes et Illustrations Jean-Michel & Juliette Charpentier
Photos Sandra Parchomenko
250 PAGES – 18 EUROS (à commander par email : jmjcharpentier@gmail.com )
En savoir plus sur le Prix Médecins Sans Frontières du Carnet de Voyage : www.rendezvous-carnetdevoyage.com/page-prix-medecins-sans-frontieres

 

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