« Je me suis professionnalisé avec Bioforce, et je me suis politisé avec Médecins du Monde », le parcours engagé de Joël Weiler, DG de Médecins du Monde
Alumni Bioforce (promotion 1999–2000), Joël Weiler est aujourd’hui Directeur général de Médecins du Monde. De ses premières missions au Mali à la direction d’une ONG internationale engagée pour la justice sociale, il revient sur un parcours fait d’engagement, de professionnalisation et de convictions forgées sur le terrain.
« Au départ, ce n’était pas politique. C’était l’aventure humaine »

À 20 ans, Joël Weiler quitte la France pour le Mali. À l’époque, le secteur humanitaire est bien différent : « Quand je suis parti, franchement, ce n’était pas un engagement idéologique. C’était l’aventure humaine. On envoyait des jeunes très tôt sur le terrain. Ça allait vingt fois moins vite, il y avait vingt fois moins d’enjeux financiers. » Joël débute avec Via Sahel, une petite ONG œuvrant au Mali, puis enchaîne avec le Service de Coopération au Développement (SCD) au Burkina Faso, dans le cadre du service national. Il démarre des études de génie civil qu’il ne terminera pas : à son retour, une période de flou s’installe. « Je savais un peu tout faire, explique-t-il, et en même temps rien faire vraiment. Je n’arrivais pas à enchaîner. Bioforce m’a donné une utilité. J’y ai appris mon métier. »
Pour Joël, la formation marque un premier tournant décisif : celui de la professionnalisation. Il apprend à structurer ce qu’il faisait jusque-là de manière empirique : poser un cadre, assumer une fonction. « Je sors de Bioforce en ayant laissé derrière moi le syndrome de l’imposteur. » Ses souvenirs de l’école humanitaire sont encore très présents, tout comme les formateurs. « Je pense à Hassan Tir, qui faisait la formation de formateur, à Hubert Debombourg… Et puis aux exercices terrains. Je me souviens d’exercices dans la neige, qui, sur le moment sont très durs, mais qui soudent une équipe. » L’année Bioforce est fondatrice, humainement autant que professionnellement. « Franchement, ça a été une très très belle année. Et ça a changé le cours de ma vie. »
« Bioforce m’a donné un métier. Médecins du Monde m’a donné un cap. »
Vingt ans de terrain, de la logistique à la coordination
L’après Bioforce arrive rapidement et Joël enchaîne les missions et les contextes durant près de vingt ans sur le terrain : Mali avec SMARA -Santé Mali Rhône Alpes, une ONG Lyonnaise, puis rejoint Médecins dans Frontières. Ce sera ensuite le Vietnam, le Soudan, Madagascar, le Zimbabwe et des dizaines de missions plus courtes en Syrie, au Liban, en Turquie etc. « J’ai commencé sur des postes plutôt logistiques, puis de coordination. Et très rapidement, je suis devenu chef de mission. » Il travaille d’abord avec de petites structures, puis avec des ONG de plus en plus grandes. Une trajectoire classique pour les humanitaires de sa génération, façonnée par l’expérience et la responsabilité progressive.
Médecins du Monde : « Là où mon engagement s’est politisé »
« C’est à Médecins du Monde que mon engagement s’est politisé. » En 2010, en signant avec l’ONG fondée par Bernard Kouchner, Joël Weiler rejoint découvre une organisation dont le mandat dépasse l’urgence médicale. « La signature de Médecins du Monde, c’est “soigner l’injustice”. Le vrai mandat, c’est la justice sociale : l’accès aux soins par l’accès aux droits. » Médecins du Monde intervient « ici et là-bas », en France comme à l’international, avec une posture revendiquée : ne pas se substituer à l’État, mais défendre les droits. « On ne veut pas être une médecine des pauvres, détaille Joël. On ne veut pas d’une santé à double vitesse. L’idée, c’est d’accompagner les gens vers leurs droits. »
Un secteur en mutation : professionnalisation et localisation
Le secteur humanitaire a profondément changé depuis les années 2000. « Aujourd’hui, Médecins du Monde, c’est un budget de plus de 150 millions d’euros, près de 2 000 salariés et 2000 bénévoles. Cela reste une association mais c’est aussi une entreprise. » Mais avec une vision politique assumée, rendue possible par un modèle économique spécifique. « Notre indépendance politique est liée à notre indépendance financière. Aucun bailleur ne pèse plus de 10 % de notre budget. Et quasi 50% de notre budget est financé par la générosité du public. On peut se fâcher avec tout le monde et particulièrement avec des bailleurs de fonds ou des autorités qui voudraient nous imposer nos priorités d’intervention, nos choix stratégiques. »
Autre évolution majeure : la localisation de l’aide. « On a très peu d’expatriés. Le sens de l’histoire, c’est la décolonisation de l’aide. »
Sur l’évolution de Bioforce, installé à Dakar depuis près de dix ans et très impliqué dans le renforcement des compétences locales, Joël Weiler est clair : « J’y crois complètement. Pour moi, c’est l’avenir. Vous avez pris le virage au bon moment. La localisation des compétences, la professionnalisation locale et nationale, c’est indispensable. »
« On peut entrer dans l’humanitaire par l’aventure, et y rester par conviction »
Plus de vingt-cinq ans après sa formation, Joël Weiler reste en lien avec plusieurs anciens de sa promotion Bioforce. « Ils sont toujours humanitaires. On se voit moins, mais on est toujours liés. Nos vies sont mobiles, par définition. » S’il devait résumer son parcours : « Je me suis professionnalisé avec Bioforce, et je me suis politisé avec Médecins du Monde. » Un message fort pour celles et ceux qui aspirent à s’engager :
l’humanitaire n’est pas seulement un point de départ, mais peut devenir un chemin de vie, à condition de se former, de questionner ses pratiques et de construire ses convictions.
Comme Joël, choisissez un métier qui a du sens
Les ONG ont besoin de professionnels qualifiés, capables de répondre efficacement aux crises humanitaires et d’aider les populations vulnérables. Et si c’était vous ? Que vous soyez jeune diplômé, humanitaire expérimenté, bachelier, ou salarié en transition professionnelle : trouvez à Bioforce la formation qui vous correspond.